Électricité : pourquoi la baisse des prix ne profite pas aux Français ?

15 avril 2024

 

Les prix de l’électricité ont fortement baissé sur les marchés pour revenir à leur niveau d’avant la crise ukrainienne qui a démarré en 2022. Mais paradoxalement, cette baisse ne profite pas aux ménages français et à nos entreprises.

 

Que se passe-t-il avec nos factures d’électricité ? Pour quelles raisons les factures des consommateurs français ont-elles augmenté en début d’année ?

En effet, en 2022, la France a connu trois crises simultanées qui ont mis sous tension le système électrique français.

D’abord, une envolée des prix du gaz à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Ensuite, une crise de la production nucléaire, avec plusieurs centrales arrêtées pour des problèmes de corrosion sous contrainte.

Pour finir, une faible production hydraulique à cause d’une période de sécheresse de plusieurs mois.

Malgré cela, pas de black-out électrique ni de rupture d’approvisionnement grâce notamment à une baisse de la consommation.

 

Dans quelle situation sommes-nous aujourd’hui ?

Le volume de production d’électricité a progressé de 11 % entre 2022 et 2023.

Une remise en service anticipée de nos centrales nucléaires, de bonnes précipitations qui ont rechargé nos capacités hydroélectriques et des productions records des filières éoliennes et solaires ont permis de produire 493 TWh d’électricité. Notons toutefois que la production en 2023 reste inférieure à celle de 2020.

Avec ces niveaux de production et un maintien de la baisse de la consommation, la France est redevenue le premier exportateur net d’électricité en Europe.

 

Pour quelles raisons le niveau de consommation a-t-il baissé durablement ?

Cette baisse de presque 7 % par rapport à la moyenne de la période 2014-2019 s’explique en partie par une mobilisation générale avec des efforts de sobriété et une météo plutôt clémente.

Mais c’est surtout la hausse des prix qui a stimulé la baisse de la consommation et particulièrement pour nos entreprises. L’INSEE a estimé que les consommateurs professionnels ont subi une hausse de 84 % du prix de l’électricité en 2023.

Par conséquent, la baisse de consommation est plutôt une mauvaise nouvelle pour nos industries et l’économie française en général.

 

L’augmentation de la production et la baisse de la demande ont-elles diminué les prix de l’électricité ?

Oui, les prix ont en effet fortement diminué sur les marchés de gros européens en passant de 276 €/MWh en moyenne en 2022, au plus fort de la crise énergétique, à 97 €/MWh en 2023.

Rappelons que le prix de l’électricité sur le marché est indexé sur celui du gaz. La flambée des prix en 2022 est directement liée aux ruptures d’approvisionnement du gaz russe.

Pour compenser, l’Europe a diversifié ses sources d’approvisionnement particulièrement avec du gaz naturel liquéfié importé, bien plus cher que le gaz russe. Par conséquent, la hausse des prix sur le marché de l’électricité par rapport à l’avant-crise restera durable.

 

Le prix de l’électricité va-t-il baisser sur la facture des ménages français ?

C’est le paradoxe !

Alors que les prix ont chuté en 2023 sur les marchés de gros, les factures d’électricité des Français ont augmenté en début d’année pour plusieurs raisons.

D’abord, il y a toujours un décalage de temps entre le prix de l’électricité sur le marché et le prix répercuté sur la facture du consommateur.

Ensuite, la France avait mis en place un bouclier tarifaire pour minimiser l’impact de la hausse des prix de l’énergie pour les ménages français. Ce dispositif devrait se terminer à la fin de l’année 2024.

Le prix du gaz restant plus cher qu’avant crise, la hausse des prix de l’électricité sera donc durable pour les Français.

 

Que faudrait-il faire pour baisser le coût de l’électricité pour les ménages et nos entreprises ?

Nous devons tout simplement sortir de manière définitive du marché de l’électricité européen indexé sur le prix du gaz.

La fourniture de l’énergie est une fonction régalienne et l’électricité est un bien commun. En France, nous avons les coûts de production d’électricité les plus bas en Europe.

Nous devons donc privilégier le portefeuille des ménages français dans un contexte de très forte inflation et redonner une impulsion à nos entreprises. La baisse du coût de l’électricité permettrait de réindustrialiser massivement notre pays et de rendre la France attractive dans le monde entier.

Ressources complémentaires :


Guillaume MILLO
Expert en rénovation de bâtiments anciens
Auteur – Chroniqueur radio
LinkedIn: linkedin.com/in/guillaume-millo
Vous aimerez également ...
Tout afficher

Le naufrage 2024 de MaPrimeRénov’ !

  Le gouvernement a annoncé de nouvelles mesures de simplification pour le dispositif MaPrimeRénov’ à partir du 15 mai 2024.   Pour quelles raisons faisons-nous encore une réforme ? Ces mesures seront-elles efficaces ? Quelles sont les conséquences pour les ménages français et le secteur de la construction ? Dans une précédente chronique, nous avions évoqué la baisse du […]

Les bâtiments à l’épreuve des séismes !

  Le 3 avril, un important séisme a frappé l’île de Taïwan faisant 17 morts et plus de 1 000 blessés. Ces phénomènes naturels peuvent faire beaucoup de victimes et sont à l’origine de nombreux dégâts matériels. Rappelons-nous le séisme dévastateur au Japon en 2011 qui avait déclenché un tsunami et provoqué un accident nucléaire à Fukushima. Quelle est […]

La géothermie volcanique, du feu sous la glace !

Lors d’une précédente chronique en mars, nous avions abordé le potentiel de la géothermie offshore qui permet de produire de l’énergie en extrayant la chaleur de la Terre depuis les fonds marins. Aujourd’hui, nous allons continuer notre travail de prospection en matière d’énergie avec la géothermie volcanique terrestre. Un projet de recherche a été initié […]