La rénovation sera globale et performante ou ne sera pas !

10 juin 2024

 

Le Comité Stratégique de Filière « Industries pour la Construction » vient de publier un livre blanc pour développer une filière industrielle de la rénovation globale et performante des bâtiments.

 

Quels sont les raisons et les enjeux d’une telle publication ? Est-ce un appel à la transformation de notre industrie ? Quelles seraient les perspectives de réindustrialisation pour notre pays ?

En effet, le CSF IPC a publié début juin un livre blanc pour expliquer comment et pourquoi développer une stratégie industrielle de la rénovation globale et performante de notre parc immobilier.

Ce document appelle à modifier en profondeur les stratégies développées jusqu’à présent par l’État en matière de rénovation qui ont montré des limites et un manque d’efficacité.

 

Quels sont les enjeux de la rénovation globale et performante ?

D’abord, l’amélioration des performances thermiques de nos bâtiments permet de diminuer nos émissions de CO2 dans un contexte global de réchauffement climatique, même si la part des émissions française est faible à l’échelle internationale.

Ensuite, nous sommes dans un contexte mondial de guerre énergétique avec une explosion des prix de l’énergie depuis le début du conflit ukrainien. Même si les boucliers tarifaires mis en place par l’État ont protégé le portefeuille des ménages français à court terme, le prix de l’énergie va peser de plus en plus sur le budget des ménages dans les prochaines années.

La rénovation globale et performante est donc un levier important pour protéger le climat et le pouvoir d’achat des Français.

 

Quels sont les principes de la rénovation globale et performante ?

C’est un ensemble de travaux réalisés sur le patrimoine existant permettant d’atteindre un niveau de consommation de 80 kWh/m²/an d’énergie primaire correspondant à l’étiquette B de l’actuel DPE. Nous appelons ce niveau BBC pour bâtiment basse consommation.

La loi de 2015 fixe l’objectif d’atteindre ce niveau de consommation en moyenne nationale d’ici à 2050.

Par conséquent, nous devrons rénover de manière globale et performante 95 % du parc immobilier français actuel pour atteindre ce standard.

Cette stratégie est en opposition totale avec la politique des aides favorisant les monogestes de rénovation.

 

Quelle est la stratégie proposée par le livre blanc ?

Il propose un changement de culture dans l’investissement public fondé sur une logique d’optimisation du patrimoine existant et non plus d’accumulation du patrimoine comme c’est le cas aujourd’hui.

Il s’agit de développer des filières industrielles territoriales avec de véritables solutions de rénovation globale et performante par typologie de bâtiments.

Les maires de France seraient les acteurs principaux de ce dispositif pour donner l’impulsion à ce déploiement avec l’ambition de créer des champions français industriels de la rénovation globale et performante.

 

Cette stratégie permettrait-elle de réindustrialiser notre pays ?

Oui et massivement, avec deux avantages principaux.

D’abord, dans un contexte de crise immobilière majeure, la filière de la rénovation énergétique représente le potentiel de créer 250 000 emplois d’ici 2030, selon France Stratégie.

Ensuite, cela permet de créer de la richesse et de la valeur sur notre territoire, car la rénovation des bâtiments ne s’exporte pas. Nous transformons de l’énergie et de la matière première sur notre sol.

 

Combien cela va-t-il coûter et qui va payer ?

Pour rénover 95 % de notre parc immobilier de manière globale et performante, il faudrait investir 80 milliards d’euros par an jusqu’en 2050, soit presque 1 million et demi de logements rénovés chaque année.

Dans le contexte français actuel et à venir, il est plus important de minimiser notre consommation d’énergie plutôt que de décarboner notre façon de la produire.

Par exemple, la France investit massivement dans les énergies renouvelables pour décarboner la production de l’électricité. Or notre parc électronucléaire produit déjà une électricité décarbonée.

Dès lors, nous pourrions largement réallouer une partie des investissements pour financer la rénovation globale et performante sans condition de ressources afin d’améliorer l’efficacité de notre patrimoine.

Une énergie qui n’est pas consommée est bonne pour la planète et pour le portefeuille des ménages.

Ressources complémentaires : LIVRE-BLANC-2024-11.pdf (adrienvisano.fr)


Guillaume MILLO
Expert en rénovation de bâtiments anciens
Auteur – Chroniqueur radio
LinkedIn: linkedin.com/in/guillaume-millo
Vous aimerez également ...
Tout afficher

Le Graal des industriels : le ciment zéro émission !

  Dans une précédente chronique, nous avions évoqué les ravages environnementaux causés par la fabrication du béton. Une équipe de chercheurs de l’université de Cambridge aurait trouvé le moyen de recycler le béton pour fabriquer du ciment zéro émission.   Quelles sont les implications de cette découverte ? Pouvons-nous espérer réduire considérablement l’empreinte carbone du béton […]

Sobriété : le réveil énergétique des Français !

  Nous parlons régulièrement des enjeux de la rénovation énergétique pour diminuer nos consommations d’énergie et nos émissions de CO2. Pouvons-nous mesurer réellement l’impact de nos politiques publiques ? Notre parc immobilier est-il vertueux ? Existe-t-il d’autres pistes de réflexion ?   Mais d’abord quel est l’état des consommations dans le secteur résidentiel ? Selon les chiffres disponibles, la […]

Le naufrage 2024 de MaPrimeRénov’ !

  Le gouvernement a annoncé de nouvelles mesures de simplification pour le dispositif MaPrimeRénov’ à partir du 15 mai 2024.   Pour quelles raisons faisons-nous encore une réforme ? Ces mesures seront-elles efficaces ? Quelles sont les conséquences pour les ménages français et le secteur de la construction ? Dans une précédente chronique, nous avions évoqué la baisse du […]