La France possède 3 000 ans de combustible !

4 décembre 2023

 

 

Le 28 et le 30 novembre s’est tenu à Paris le cinquième Salon mondial du nucléaire civil.

Le nucléaire est revenu en force dans le débat public français et dans le monde. Quels sont les perspectives de développement et les enjeux pour la France ? Quelles sont les technologies du futur ?

Mais d’abord, après avoir parlé de la fusion dans une précédente chronique, nous allons faire un point de focus sur les réacteurs de 4e génération dits à neutrons rapides.

 

Quel est le principe de fonctionnement ?

Pour fabriquer de l’électricité, nos centrales nucléaires utilisent actuellement de l’uranium 235. C’est ce que nous appelons l’uranium enrichi. Il représente seulement 0,7 % de l’uranium naturel qui est extrait dans les mines. Nous utilisons donc une toute petite partie du potentiel de l’uranium.

Le principe des réacteurs de 4e génération dits à neutrons rapides permet d’utiliser le restant des 99,3 % d’uranium naturel, appelé également l’uranium 238 ou l’uranium appauvri.

Il s’agit tout simplement d’utiliser nos déchets nucléaires pour fabriquer de l’électricité.

 

Quel est le potentiel énergétique de ces réacteurs de quatrième génération ?

Nous pourrions fabriquer 50 à 100 fois plus d’électricité que les réacteurs actuels.

En France, nous estimons que sont actuellement entreposées sur plusieurs sites l’équivalent de 320 000 tonnes d’uranium appauvri permettant de subvenir aux besoins en électricité de notre pays pendant plusieurs milliers d’années. On estime de 1 000 à 3 000 ans notre indépendance énergétique si nous pouvions utiliser nos déchets nucléaires pour fabriquer de l’électricité.

Depuis plusieurs décennies, les réacteurs de 4e génération représentent une opportunité pour la France d’offrir une énergie abondante et décarbonée pour les générations futures.

 

Où en sommes-nous dans la recherche sur cette nouvelle génération de réacteurs ?

La France s’est intéressée dès 1960 aux réacteurs à neutrons rapides. Plusieurs réacteurs expérimentaux, Rapsodie, Phénix et Superphénix, ont permis d’obtenir un retour d’expérience important. Malheureusement, le projet Superphénix a été stoppé en 1997 par le gouvernement de Lionel Jospin pour des raisons politiques.

En 2006, le président Jacques Chirac propose de nouveau de lancer un projet de réacteur expérimental de 4e génération. Cette proposition est concrétisée par une loi en juin 2006 et le projet Astrid est lancé en 2010. Mais encore une fois, le projet sera abandonné en 2019 par le gouvernement du président Emmanuel Macron alors que nous avions déjà investi un milliard d’euros.

 

Quelles sont les avancées dans la recherche sur les réacteurs nucléaires du futur ?

La tendance est au développement des petits réacteurs modulaires SMR (Small Modular Reactor) basé sur le fonctionnement des centrales nucléaires actuelles. Avec plus de 80 projets de développement dans le monde, ces réacteurs permettront de jouer un rôle important dans la transition et le mix énergétique. Leur conception est compacte et simplifiée et permet de réduire les coûts de fabrication et les délais de construction pour généraliser leur mise en place un peu partout dans le monde. Le déploiement massif des SMR est attendu aux alentours de 2030.

Ces petits réacteurs permettraient notamment de remplacer plus rapidement et de manière économique les centrales électriques fonctionnant au charbon dans de nombreux pays.

 

Pourrions-nous faire fonctionner les petits réacteurs avec la technique des neutrons rapides des réacteurs de quatrième génération ?

Oui, et c’est ce que nous appelons les AMR (Advanced Modular Reactor). Selon certaines estimations, il faudra attendre entre 2040 et 2050 pour que ces réacteurs voient le jour à une échelle industrielle. Encore une fois, l’enjeu est important, car ces réacteurs permettront une utilisation des déchets nucléaires pour fermer le cycle.

 

Existe-t-il d’autres sources d’énergie alternatives au nucléaire civil pour la transition énergétique ?

Les énergies renouvelables comme l’éolien ou les panneaux photovoltaïques sont intermittentes. Quand il n’y a pas de vent et de soleil, nous ne produisons pas d’électricité. Il est donc indispensable de les coupler avec des modes de production pilotables pour assurer la stabilité du réseau électrique. Les seules énergies pilotables disponibles dans le monde sont les centrales nucléaires et les centrales au gaz et au charbon.

Que l’on soit pour ou contre, le nucléaire civil est la seule énergie pilotable décarbonée et les petits réacteurs permettront plus de souplesse dans le mix énergétique pour un déploiement des énergies renouvelables.

Pour replacer la France au premier plan de la recherche et du développement, je pense que nous devrions relancer immédiatement le projet Astrid pour maîtriser la technologie de 4e génération.


Guillaume MILLO
Expert en rénovation de bâtiments anciens
Auteur – Chroniqueur radio
LinkedIn: linkedin.com/in/guillaume-millo

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