La géothermie volcanique, du feu sous la glace !

6 mai 2024

Lors d’une précédente chronique en mars, nous avions abordé le potentiel de la géothermie offshore qui permet de produire de l’énergie en extrayant la chaleur de la Terre depuis les fonds marins.

Aujourd’hui, nous allons continuer notre travail de prospection en matière d’énergie avec la géothermie volcanique terrestre. Un projet de recherche a été initié en Islande sur le volcan Krafla.

 

Comment fonctionne cette source d’énergie ? Quel est le potentiel de développement ? Peut-elle être une source d’énergie renouvelable abondante pour l’humanité ?

L’Islande est l’un des pays qui concentrent le plus de volcans actifs dans le monde, avec l’Indonésie (55), le Japon (40) et les États-Unis (39).

70 % de l’énergie produite provient de la géothermie et 90 % des foyers islandais chauffent déjà leurs maisons grâce à la chaleur des volcans. Presque 100 % de l’électricité produite provient de la géothermie et des barrages hydroélectriques.

Le projet de recherche de KMT (Krafla Magma Testbed) a pour ambition d’aller plus loin en utilisant directement la chaleur dans le cœur du volcan Krafla.

 

En quoi consiste le projet KMT ?

En 2026, le projet KMT prévoit de réaliser un forage de 2 000 m de profondeur pour atteindre un réservoir de magma du volcan.

L’objectif est de capter les hautes températures de la chambre magmatique pour décupler la puissance des installations géothermiques.

Ce premier forage va permettre dans un premier temps de faire des observations et des tests scientifiques avant d’envisager d’utiliser l’énergie volcanique à grande échelle.

 

Quelle est la différence avec la géothermie actuelle ?

La température moyenne des sources géothermiques utilisées actuellement en Islande est de 75 °C.

Elles sont bien plus froides que le cœur d’un volcan dont la température se situe entre 900 et 1 300 °C.

Si la technique est maîtrisée, l’Islande pourrait multiplier par plus de 10 la puissance des installations géothermiques et, par conséquent, diminuer le coût de production de l’énergie.

 

Quels sont les défis technologiques de ce projet ?

D’abord, il a fallu choisir le site de forage avec précaution, car forer une poche de magma sous pression pourrait déclencher une éruption volcanique et un tremblement de terre.

Ensuite, les équipements de forage devront fonctionner dans des conditions extrêmes de températures.

Le matériel qui sera utilisé fait actuellement l’objet de recherche et de tests très poussés pour résister à cet environnement extrême.

 

Pourrions-nous envisager l’énergie de nos volcans français ?

En outre-mer, il existe plusieurs volcans actifs comme le piton de la Fournaise sur l’île de la Réunion qui pourrait bénéficier dans l’avenir des technologies en cours de développement en Islande pour fabriquer de l’énergie.

En France métropolitaine, il n’existe pas de volcans en activité et exploitables. Par exemple, en Auvergne, sous les volcans endormis de la chaîne des Puys, des chercheurs ont découvert un gigantesque réservoir de magma encore chaud à des profondeurs très importantes, entre 10 et 12 km. Il serait pour l’instant impossible d’utiliser la chaleur du magma par forage à de telles profondeurs.

En revanche, nous ne sommes pas obligés d’avoir des volcans en activité pour développer la géothermie en France comme nous le faisons, par exemple, en région parisienne.

 

Comment utilise-t-on la géothermie dans une grande ville comme Paris ?

Dans le sous-sol du Bassin parisien, entre 1 600 et 2 000 m de profondeur, il existe une couche de roche calcaire poreuse, appelée l’aquifère du Dogger. Cette couche est gorgée d’eau chaude à des températures comprises entre 55 et 85 °C.

Cette eau est pompée pour alimenter des réseaux de chaleur qui fournissent de l’énergie de chauffage et de l’eau chaude sanitaire à plus de 500 000 personnes.

Paris possède la plus grande concentration d’Europe de réseaux de chaleur.

Preuve que nous n’avons pas besoin d’avoir des volcans actifs comme en Islande pour profiter des avantages de la géothermie sur notre territoire.


Guillaume MILLO
Expert en rénovation de bâtiments anciens
Auteur – Chroniqueur radio
LinkedIn: linkedin.com/in/guillaume-millo
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