Le béton : un fléau providentiel !

27 novembre 2023

 

Nous avons vu récemment qu’un rapport de l’ONU publié en septembre précisait que le secteur de la construction neuve était responsable de 37 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde.

Aujourd’hui, nous allons nous intéresser au béton. Comment est-il fabriqué ? Quel est son impact environnemental ? Quelles sont les perspectives de développement ?

 

Mais d’abord quel est le niveau de consommation du béton dans le monde ?

Les chiffres font tourner la tête. Chaque année, l’humanité consomme environ 10 milliards de mètres cubes de béton. Cela représente 30 millions de mètres cubes par jour et 120 tonnes de ciment consommées chaque seconde, 24 h/24 et 7 j/7, toute l’année.

 

Quels sont les domaines d’application et comment utilise-t-on le béton ?

Le béton est un matériau polyvalent et providentiel qui a joué et qui joue encore un rôle fondamental dans le développement de notre civilisation. Il est bon marché, facile à mettre en œuvre, extrêmement résistant, et n’a pas besoin de main-d’œuvre hautement qualifiée.

Nous l’utilisons bien sûr pour la construction des bâtiments résidentiels et commerciaux, mais aussi pour les ponts et les infrastructures routières, les barrages et les ouvrages hydrauliques, les centrales nucléaires, les aéroports, les ouvrages de défense côtière, les tunnels ou encore les stades et les infrastructures sportives.

Le béton est partout et omniprésent. C’est le matériau le plus utilisé par l’homme sur la planète.

 

Pourquoi le béton est-il un matériau si polluant ?

Le béton est un mélange d’eau, de sable, de gravier et de ciment.

Dans un mètre cube de béton, le ciment est responsable de 90 % des émissions de CO2.

Il est majoritairement fabriqué à partir de la pierre calcaire qui est chauffée dans des fours à 1 450 °C.

Le CO2 rejeté lors de la fabrication du ciment provient de deux sources :

  • 30 % sont liés à l’utilisation des combustibles nécessaires au fonctionnement des fours ;
  • 70 % sont issus de la décomposition du calcaire sous l’effet de la chaleur.

Même si nous utilisons des énergies décarbonées pour faire fonctionner les fours, la réaction chimique de la décarbonation du calcaire est responsable de 70 % des émissions de CO2.

 

Quel est l’impact du ciment sur les rejets de gaz à effet de serre mondiaux ?

À l’échelle de la planète, une tonne de ciment fabriqué rejette une tonne de CO2 dans l’atmosphère.

Nous estimons que la fabrication du ciment est responsable de 7 % des émissions dans le monde.

Si l’industrie du ciment était un pays, il serait le troisième pays émetteur de gaz à effet de serre juste derrière les États-Unis et la Chine. C’est trois fois plus que le transport aérien.

Est-il possible de fabriquer du béton en remplaçant le ciment ?

Les industriels ont mis au point ces dernières années des bétons dits « bas carbone ». Le principe est de remplacer partiellement le ciment par des matériaux alternatifs issus de l’économie circulaire plus sobre en carbone comme le laitier de haut-fourneau qui est un sous-produit de l’industrie sidérurgique.

Certains industriels affirment réduire jusqu’à 70 % les émissions de CO2 par rapport à un béton traditionnel à résistance équivalente.

Néanmoins, certaines études remettent en question le calcul des émissions de CO2 fait par les industriels. En effet, la notion de béton « bas carbone » n’est pas encore réglementairement encadrée.

 

Arriverons-nous à nous passer du béton dans les prochaines décennies ?

En 2050, nous estimons que nous serons 10 milliards d’êtres humains sur la planète et 70 % vivront en zone urbaine contre 50 % de nos jours. Le développement des villes va littéralement exploser dans certaines régions du monde. Selon moi, le béton restera le matériau irremplaçable au cœur du développement des activités humaines.

Je ne pense pas que les bétons « bas carbone » soient une solution tenable et durable face à la demande, car les matériaux de substitution au ciment dans la fabrication du béton comme le laitier de haut-fourneau sont des ressources limitées qui dépendent d’autres industries.

À l’échelle de la planète, l’enjeu est plutôt de développer des technologies qui permettraient à la fois de faire fonctionner les fours avec des énergies décarbonées et de généraliser les dispositifs pour capter le carbone issu de la réaction chimique du calcaire.


Guillaume MILLO
Expert en rénovation de bâtiments anciens
Auteur – Chroniqueur radio
LinkedIn: linkedin.com/in/guillaume-millo

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