Le naufrage 2024 de MaPrimeRénov’ !

20 mai 2024

 

Le gouvernement a annoncé de nouvelles mesures de simplification pour le dispositif MaPrimeRénov’ à partir du 15 mai 2024.

 

Pour quelles raisons faisons-nous encore une réforme ? Ces mesures seront-elles efficaces ? Quelles sont les conséquences pour les ménages français et le secteur de la construction ?

Dans une précédente chronique, nous avions évoqué la baisse du nombre d’entreprises certifiées RGE (pour « reconnu garant de l’environnement ») qui permettent d’obtenir les aides MaPrimeRénov’ pour financer les travaux de rénovations énergétiques.

Après les entreprises, voilà que l’Anah (l’Agence nationale de l’habitat) constate un effondrement du nombre de chantiers de rénovation énergétique réalisés au premier trimestre 2024.

 

Quels sont les niveaux constatés de cet effondrement ?

Si nous restons sur le rythme actuel, à la fin de l’année 2024, nous atteindrons 312 000 rénovations énergétiques soit 45 % de moins que pour l’année 2023.

Mais le pire est l’effondrement du nombre de rénovations énergétiques d’ampleur qui atteindrait une baisse de 68 % en un an.

En 2023, le gouvernement avait pourtant augmenté de 1,6 milliard les aides pour stimuler les rénovations d’ampleur en minimisant les monogestes de rénovation.

 

Quelles sont les raisons de cet effondrement des chantiers de rénovation énergétique ?

Le coût d’une rénovation énergétique globale est compris entre 50 000 et 70 000 euros. Ce sont majoritairement les foyers très modestes qui bénéficient le plus des aides de l’État pour combattre la précarité énergétique.

Or les ménages français de la classe moyenne qui ont partiellement accès aux aides de l’État n’ont pas les moyens d’investir 40 000 ou 50 000 euros pour faire une rénovation d’ampleur dans le contexte économique actuel.

Conclusion : les rénovations par monogestes se sont effondrées puisqu’elles ne sont plus stimulées par le dispositif MaPrimeRénov’ et les rénovations d’ampleur ne décollent pas, car les aides ne sont pas suffisantes pour les foyers de la classe moyenne.

 

 

Quelles sont les nouvelles mesures annoncées pour simplifier le dispositif ?

L’obligation de fournir un DPE pour avoir accès au dispositif est reportée en 2025. Report également de l’interdiction d’accès à l’aide pour les rénovations par geste pour les maisons individuelles classées F ou G.

Mais la principale mesure permet tout simplement le retour en masse des monogestes de rénovation. Nous favorisons de nouveau les gestes simples d’amélioration énergétique, comme changer seulement ses fenêtres ou faire l’isolation des murs.

Ces mesures seront valables uniquement jusqu’au 31 décembre 2024.

Bref, retour en arrière !

 

Le retour des monogestes de rénovation est-il une bonne chose ?

Absolument pas ! Plusieurs études démontrent que les monogestes de rénovation ne permettent pas de diminuer les consommations énergétiques globales d’une habitation.

Faire l’isolation des combles, par exemple, si nous n’isolons pas l’ensemble de la boîte en traitant les ponts thermiques et l’étanchéité à l’air n’a aucun impact sur les consommations.

Je considère d’ailleurs que les monogestes de rénovation énergétique sont un fléau pour obtenir les niveaux de performance visés par les réglementations à terme. Nous jetons tout simplement l’argent par les fenêtres.

 

Quelle serait la bonne stratégie à adopter ?

D’après la loi française actuelle, 35 millions de logements, soit 95 % du parc immobilier français, devront subir une rénovation globale et performante avant 2050 pour atteindre l’étiquette B du DPE. Tous ces logements devront également être équipés de sources d’énergies renouvelables pour atteindre l’objectif zéro émission nette fixé récemment par la Commission européenne. Il faudrait investir plus de 80 milliards d’euros par an jusqu’en 2050.

Je considère que l’accès à une énergie abondante et bon marché est une fonction régalienne tout comme les économies d’énergie dans le contexte de tensions géopolitiques que nous vivons.

Nous sommes face au plus important chantier du siècle, voire du millénaire, sur notre territoire. Nos gouvernements actuels, comme ceux à venir, doivent prendre la mesure de cet enjeu.

Je pense que l’État doit devenir le maître d’ouvrage de ce chantier titanesque. Centraliser la décision pour planifier les travaux de rénovation énergétique des 35 millions de logements sur notre territoire et surtout financer ces travaux sans condition de ressources, comme nous finançons nos centrales nucléaires.

Ressources complémentaires :

Rapport de l’Anah sur les chiffres de la rénovation en 2023 : Les Chiffres Clés de l’Anah – Édition 2023

Sur 2023, l’Anha comptabilise 569 000 rénovations énergétiques, dont 72 000 rénovations énergétiques d’ampleur et 497 000 rénovations par geste.

Rapport de l’Anah sur les chiffres de la rénovation au premier trimestre 2024 : Présentation PowerPoint (anah.gouv.fr)

Au premier trimestre 2024, l’Anah annonce 78 000 rénovations énergétiques, dont 5584 rénovations d’ampleur et 72 000 rénovations par geste.


Guillaume MILLO
Expert en rénovation de bâtiments anciens
Auteur – Chroniqueur radio
LinkedIn: linkedin.com/in/guillaume-millo
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