L’effet rebond !

13 février 2024

Les débats actuels sont orientés vers la sobriété et la rénovation énergétique de notre parc immobilier.

Mais avons-nous suffisamment de retours sur l’efficacité des rénovations énergétiques ? Est-ce que nous atteignons réellement dans les faits les niveaux de consommation performants visés ?

Nous allons aujourd’hui aborder le phénomène constaté de l’effet rebond des consommations après la réalisation des travaux de rénovation.

Qu’est-ce que l’effet rebond et les conséquences de ce phénomène ?

L’effet rebond correspond à la réduction, voire l’annulation, des gains de consommation obtenus grâce à l’amélioration de l’efficacité énergétique d’un logement après rénovation.

Par exemple, un effet rebond de 40 % signifie que 40 % des économies d’énergie attendues grâce à une rénovation énergétique n’ont pas été réalisées en raison d’une hausse des usages de l’énergie liés à des facteurs comportementaux.

D’où provient ce phénomène ?

C’est William Stanley Jevons qui a mis en évidence ce phénomène pour la première fois dans les années 1860.

Il constate le paradoxe que malgré l’amélioration de l’efficacité énergétique de la machine à vapeur, la consommation totale de charbon a augmenté. Il en déduit qu’une plus grande efficacité incite les entrepreneurs à produire plus et donc à consommer plus de charbon.

Pourquoi constate-t-on ce phénomène dans le cas de la rénovation énergétique des bâtiments ?

Concrètement, un ménage qui réalise des travaux de rénovation énergétique va améliorer l’efficacité énergétique de son bien. Augmenter les températures à l’intérieur de son logement coûte donc moins cher. Nous constatons alors que, à l’usage, le foyer aura tendance à consommer plus pour augmenter son confort, annulant les gains énergétiques de départ. C’est ce que nous appelons l’effet rebond direct.

Des chercheurs de l’université de Cambridge ont d’ailleurs publié en janvier une étude portant sur le suivi de la consommation d’énergie de 55 000 logements chauffés au gaz pendant 15 ans, avant et après une rénovation énergétique.

Que révèle cette étude ?

Les chercheurs ont d’abord mesuré une diminution des consommations juste après la fin des travaux de rénovation énergétique. Mais ils ont constaté que la consommation d’énergie revenait à l’identique entre 2 et 4 ans après, en fonction du type de travaux d’isolation réalisés.

Une des hypothèses avancées est que, après s’être privés de chauffage et avoir eu froid dans leur logement, les habitants se rendent compte qu’ils peuvent augmenter le chauffage en dépensant le même budget énergie qu’avant rénovation.

Peut-on en conclure que tous nos efforts en matière de rénovation énergétique ne servent à rien ?

Pas exactement ! La conclusion est que le progrès technique n’est pas la seule solution pour réduire les consommations d’énergie. L’effet rebond démontre que l’amélioration de l’efficacité énergétique ne peut pas être le seul levier d’une stratégie de transition écologique.

L’augmentation des performances est indissociable des concepts de sobriété, d’économie d’énergie et d’optimisation.

Quelles seraient les solutions pour combattre ce phénomène ?

Beaucoup de chercheurs suggèrent que les gains techniques d’efficacité énergétique soient accompagnés de dispositifs d’incitation comportementale.

Nous pourrions, par exemple, fixer un niveau de confort pour l’habitant, associé à un niveau de consommation d’énergie maximum.

Par exemple, la France a défini un objectif de consommation de 80 kWh/m²/an pour un logement en 2050.

Si un ménage atteint ce niveau de consommation, il pourrait payer l’électricité moins cher que le prix du marché. En revanche, si le foyer dépasse le seuil de consommation fixé, il pourrait payer plus cher l’électricité consommée en plus. Ce serait une manière d’inciter les ménages à réaliser des travaux de rénovation énergétique performants, tout en restant dans l’optimisation et la sobriété dans l’utilisation.

L’effet rebond peut donc être largement atténué, encore faut-il qu’il soit pris en compte dans les politiques publiques en matière de transition écologique.

 


Guillaume MILLO
Expert en rénovation de bâtiments anciens
Auteur – Chroniqueur radio
LinkedIn: linkedin.com/in/guillaume-millo
Vous aimerez également ...
Tout afficher

La rénovation sera globale et performante ou ne sera pas !

  Le Comité Stratégique de Filière « Industries pour la Construction » vient de publier un livre blanc pour développer une filière industrielle de la rénovation globale et performante des bâtiments.   Quels sont les raisons et les enjeux d’une telle publication ? Est-ce un appel à la transformation de notre industrie ? Quelles seraient les perspectives de réindustrialisation […]

Le Graal des industriels : le ciment zéro émission !

  Dans une précédente chronique, nous avions évoqué les ravages environnementaux causés par la fabrication du béton. Une équipe de chercheurs de l’université de Cambridge aurait trouvé le moyen de recycler le béton pour fabriquer du ciment zéro émission.   Quelles sont les implications de cette découverte ? Pouvons-nous espérer réduire considérablement l’empreinte carbone du béton […]

Sobriété : le réveil énergétique des Français !

  Nous parlons régulièrement des enjeux de la rénovation énergétique pour diminuer nos consommations d’énergie et nos émissions de CO2. Pouvons-nous mesurer réellement l’impact de nos politiques publiques ? Notre parc immobilier est-il vertueux ? Existe-t-il d’autres pistes de réflexion ?   Mais d’abord quel est l’état des consommations dans le secteur résidentiel ? Selon les chiffres disponibles, la […]