Nos agriculteurs héros du gaz vert !

4 mars 2024

 

Au Salon de l’agriculture qui vient de fermer ses portes, le distributeur français de gaz, GRDF, a lancé une grande campagne de communication avec ce slogan : « En France, on n’a toujours pas de pétrole, mais maintenant on a du gaz vert. »

 

Qu’est-ce que le gaz vert ? Quel est le lien avec nos agriculteurs ? Quels sont les perspectives de développement et les enjeux pour notre pays et les ménages français ?

Le gaz vert est produit à partir de la récupération des déchets organiques comme les effluents d’élevage, les déchets de culture ou encore la partie des végétaux, utilisés pour notre alimentation, que nous ne consommons pas.

Ce sont donc nos agriculteurs qui sont les principaux producteurs de gaz vert puisqu’ils possèdent la matière première sur leur exploitation.

 

Comment produisent-ils le gaz vert ?

Grâce au processus de photosynthèse, les végétaux stockent du carbone dans leur matière vivante. Lorsque les déchets organiques se décomposent, ils libèrent leur stock de carbone dans l’atmosphère.

Le principe est de récupérer ce carbone sous forme de méthane grâce au processus de méthanisation.

Le méthane, produit de manière naturelle, va pouvoir être ensuite injecté directement dans le réseau pour notre consommation d’énergie, sans aucune adaptation technique sur les installations.

 

Comment fonctionne la méthanisation ?

Un agriculteur peut construire, directement sur son exploitation, une installation de méthanisation composée de cuves appelées les digesteurs.

Les déchets organiques sont mélangés à des liquides qui sont également des biodéchets de l’industrie agroalimentaire. L’ensemble est stocké à l’intérieur des digesteurs à une température de 40° Celsius et sans air. Ce milieu favorise le développement de bactéries qui vont consommer et digérer la matière organique en libérant du biogaz ou gaz vert composé de méthane et de carbone.

Une dernière opération permettra de séparer le méthane que nous utilisons pour produire de l’énergie et le carbone qui sera directement libéré dans l’atmosphère.

Notons également que la matière organique créée au terme du processus de méthanisation est récupérable et utilisée comme engrais naturel pour fertiliser les sols. C’est ce que l’on appelle le digestat et qui permet aux agriculteurs de remplacer les engrais chimiques.

 

Pourquoi le gaz vert n’est-il pas considéré comme une énergie fossile comme le gaz naturel ?

Le gaz naturel est un hydrocarbure. Il a été créé et stocké depuis des millions d’années dans le sous-sol. Lorsque nous l’extrayons et le brûlons pour produire de l’énergie, nous libérons du carbone qui augmente la quantité de CO2 présente dans l’atmosphère.

Dans le cas du gaz vert, le carbone, libéré au moment de la combustion, a été puisé dans l’atmosphère par photosynthèse. Le bilan carbone est donc à l’équilibre. L’opération n’a pas ajouté de quantités complémentaires de CO2 dans l’atmosphère. Le gaz vert est par conséquent considéré comme une énergie renouvelable dans notre mix énergétique.

 

Quels sont le niveau de production en France et les perspectives de développement ?

Actuellement, il existe 657 sites de méthanisation dont 550 sont raccordés au réseau de distribution GRDF. La capacité de production du gaz vert est de 12 térawattheures par an soit environ 4 % de la consommation de gaz en France.

Dès 2030, la production de gaz vert renouvelable pourrait couvrir 20 % de la demande et, d’ici 2050, la totalité de la consommation française de gaz.

C’est bon pour la planète, mais également pour notre indépendance énergétique. Nous serions en mesure de supprimer la majorité de nos importations de gaz naturel.

 

Quels sont les défis à relever pour atteindre ces objectifs ?

Le premier est lié au transport. En effet, le gaz naturel est extrait de gisement et transporté soit par gazoduc, soit par transport maritime. L’extraction du gaz est concentrée.

En revanche, la production de gaz vert est diffuse sur une multitude de sites répartis sur le territoire. Un des plus gros défis est donc d’organiser le système de transport à grande échelle vers les points de distribution.

Nous devons également être vigilants à ne pas tomber dans le travers de faire de l’agriculture intensive uniquement pour produire du gaz vert. Nous devons diversifier nos sources de production, comme la valorisation des biodéchets de nos ordures dans les villes.


Guillaume MILLO
Expert en rénovation de bâtiments anciens
Auteur – Chroniqueur radio
LinkedIn: linkedin.com/in/guillaume-millo

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